Le moteur de recherche allemand Ecosia, utilisé par des services publics outre-Rhin, remplace les modèles de Mistral par des IA open source, dont certaines venues de Chine. Son fondateur Christian Kroll ne prend pas de pincettes et se dit « déçu de la qualité » du champion français, qui venait pourtant tout juste de dévoiler un nouveau modèle censé rivaliser avec les meilleurs systèmes chinois.
Un divorce après cinq mois
Ecosia, c'est ce moteur de recherche installé à Berlin qui finance des plantations d'arbres avec ses bénéfices. Il s'est mis à l'IA générative en décembre 2025, avec des résumés automatiques en haut des résultats et un chatbot maison. Après des débuts sur les API d'OpenAI, l'entreprise avait basculé toute cette machinerie chez Mistral en mai dernier, avec Small 3.2 pour les résumés et Small 4 pour le chat, le tout branché sur Staan, l'index de recherche européen construit avec le français Qwant. Sur le papier, c'était une belle histoire européenne. Elle aura tenu cinq mois.
« Déçus de la qualité »
Christian Kroll, le fondateur et patron d'Ecosia, a confirmé à Politico que ses services tournent maintenant sur des modèles open source, dont certains développés par des laboratoires chinois. Il n'a d'ailleurs pas cherché à enrober les choses : « nous sommes déçus de la qualité de Mistral ». Le dirigeant ne précise ni les modèles retenus ni les tests qui ont motivé ce changement, mais le haut des classements open source est aujourd'hui trusté par la Chine, avec les Qwen d'Alibaba et DeepSeek en tête. Du coup, le choix des remplaçants n'est pas bien mystérieux.
Un coup dur au pire moment
Pour Mistral, érigé en champion de l'IA souveraine à Paris comme à Bruxelles, le moment choisi fait très mal. La start-up venait tout juste de dévoiler Mistral Large 4, un modèle présenté noir sur blanc comme capable de rivaliser avec les meilleurs systèmes ouverts chinois. Sauf que deux jours plus tard, un de ses clients les plus visibles explique être parti précisément chez ces concurrents-là. Et Ecosia n'est pas n'importe quel client, puisque le moteur est utilisé par des services publics allemands, ce qui en faisait une jolie vitrine pour le discours souverainiste du Français.
On en dit quoi ?
C'est toute l'ambiguïté de la souveraineté numérique européenne qui s'étale ici. On répète partout qu'il faut des IA maison, et quand un moteur de recherche allemand compare sérieusement les offres, il repart avec des modèles chinois, ouverts et gratuits en plus. On peut comprendre Kroll, son entreprise est petite, chaque euro doit finir dans les arbres, et un modèle ouvert peut s'héberger sur n'importe quels serveurs, y compris européens. Mais bon, pour Mistral, se faire congédier publiquement la semaine même où il promet de battre les Chinois, c'est franchement cruel.